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Niuzy Culture – La série iranienne (2) : Une poétesse et photographe Sahar Ajdamsani

 

Je suis Sahar Ajdamsani, née en Iran. J’ai fait des études en archéologie à l’université de Téhéran, la meilleure du pays. Je suis une poétesse, auteur-compositeur, chanteuse et photographe. J’ai commencé à écrire de la poésie à partir de huit ans et j’essaie de défendre les droits des femmes avec mon art. Mon livre “La 5e saison de la Terre en Iran est sorti en 2018.

 

Comment vit une femme artiste en Iran ?

Toute personne qui porte l’art dans son cœur se déplace sur un chemin artistique. Peu importe où elle vit. Dans un pays comme l’Iran, cela reste ardu pour les artistes et en particulier les artistes femmes qui sont moins valorisées que les hommes.

C’est très compliqué de suivre une voie artistique, les obstacles sont tellement nombreux. 

 

Votre livre La 5e saison de la Terre en Iran a été présenté au Jardin du livre de Téhéran en novembre dernier. Quels sont vos sujets de prédilection pour vos poèmes et comment trouvez vous l’inspiration ? 

Mon rêve absolu est d’inviter toutes les personnes à vivre dans un environnement en paix. Dans mes poèmes, je souhaite mettre en exergue les sujets de l’empathie, de l’émotion, de l’amitié et de l’égalité entre hommes et femmes. 

Mes sujets de prédilection sont basés sur des qualités humaines et j’aborde aussi des problématiques contemporaines et sociales comme le droit des hommes, des femmes ou des animaux, et d’autres thèmes sur l’amour et l’attachement. 

Je puise l’inspiration dans mon cœur et plus généralement dans mes propres expériences. 

 

Avez-vous rencontré des difficultés lorsque vous avez édité votre livre ?

Oui, l’un de mes poèmes n’a pas reçu la licence légale et a été supprimé de la sélection.

J’ai décidé de présenter mes poèmes en déclamations. Obtenir une autorisation pour déclamer mes poèmes n’a pas été facile et j’ai dû m’armer de patience. Finalement, une fois que les autorités ont accepté, j’ai pu mettre en scène mes poèmes qui sont à présent publiés sur des plateformes mondiales telles que iTunes, Spotify, etc.

 

Quel message voulez-vous partager avec tes lecteurs ? 

Je souhaite surtout communiquer sur le fait que, quelque soit l’endroit du monde ou l’on vit, on peut y trouver la paix. 

Mon moteur dans la vie c’est “Plus on est dans l’empathie, meilleur est le monde.”

J’essaye de donner à mon auditoire une sensation de paix, de tranquillité et de spiritualité.

 

Vous êtes également photographe. Vous êtes la seule artiste iranienne à avoir remporté le concours international de photographie en noir et blanc en Grèce, pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

J’ai photographié, pour un projet de documentaire la scène musicale rock en Iran. Le rock est confronté à de nombreuses limitations dans le pays, même pour les artistes masculins. Alors que des milliers de photos ont été envoyées au concours, j’ai remporté le prix pour mon projet intitulé «Rock, Life and Limitation».

Les photos primées ont été exposées au Blank Wall Gallery d’Athènes pendant deux semaines, du 4 au 18 janvier. Les habitants d’Athènes ont accueilli chaleureusement l’exposition.

Actuellement, je travaille sur un nouveau projet de photographie mettant en scène des femmes et des enfants.

Je suis également la première poétesse iranienne à avoir remporté le prix du Festival de la poésie de New-York aux États-Unis avec mon poème anglais intitulé «Censure», qui évoque le sujet du droit des femmes.

 

 

L’année dernière, le pourcentage de femmes ayant obtenu un diplôme était supérieur à celui des hommes. Diriez-vous que l’Iran est paradoxal ?

En général, la population étudiante féminine est supérieure à celle des hommes.

Le nombre d’universités en Iran est plus élevé que dans n’importe quel autre pays du monde. 

En outre, si l’enseignement supérieur est fréquent dans les grandes villes, Dans les villages en revanche, les filles se marient encore très jeunes et ne peuvent pas poursuivre leurs études.

J’illustre et condamne la cruauté envers les femmes dans mes poèmes et mes photographies. J’aide les femmes à prendre conscience de leurs droits civiques et je les encourage à utiliser ces droits.

À l’époque où j’étais étudiante à l’université, je me battais au collège pour les filles qui étaient maltraitées par des garçons et l’université ne soutenait que les garçons. J’ai donc fait de mon mieux pour rétablir les droits des filles.

 

D’un point de vue occidental, l’Iran est perçu comme un pays hostile, pensez-vous que cette opinion est en train de changer?

Cette perspective existe en raison de la propagande négative contre l’Iran émanant de divers pays. Les Iraniens sont profondément civilisés, attachés à l’art et à la culture, gentils et hospitaliers. 

Malheureusement, la situation politique négative est la principale source de cette opinion. 

Les Iraniens sont confrontés à de nombreux problèmes sociaux et économiques, ils vivent sous pression et ont besoin de l’aide des habitants d’autres pays, surtout en cette période compliquée. Je prie pour un monde sans guerre ni violence pour que tout le monde puisse jouir d’une vie paisible.

 

Malgré les obstacles, diriez-vous que la situation des femmes en Iran s’améliore ?

Elle s’est améliorée très lentement, en raison de la résistance personnelle et de la lutte. Avoir une situation similaire à ce qui se passe en Europe pour les femmes iraniennes serait un rêve intouchable.

Comme dans beaucoup d’autres pays, la société est orientée vers les hommes. Les mentalités évoluent lentement et pour une partie de la population, la femme n’est encore pas l’égale de l’homme. 

 

Les femmes artistes iraniennes sont plus représentées que les autres pays du Moyen-Orient. Comment expliquez-vous cette situation ?

Les Iraniens sont travailleurs et intelligents. Dans le monde entier, vous voyez des Iraniens pionniers et qui ont réussi. Les femmes artistes iraniennes sont de brillantes guerrières qui ont appris à faire face à la censure et à faire valoir leurs droits. Même si la société les ignore, elles remportent par ailleurs des prix internationaux. Nous avons beaucoup de femmes iraniennes qui ont réussi et j’en suis très fière.

 

Qui sont les artistes iraniennes que vous admirez ?

J’admire Lady Homeyra qui était une chanteuse, génie musicienne qui n’a jamais baissé les bras et qui a atteint ses objectifs malgré les difficultés.

Lady Homeyra était une chanteuse en Iran avant la révolution islamique. Bien qu’elle ait été autorisée à chanter pour les femmes pendant le règne de Shah, la société ne pouvait toujours pas accepter une telle liberté. Elle a été rejetée par son père, a fait face à de nombreux défis et a dû fuir le pays après la révolution. 

 

Quels sont vos nouveaux projets ? 

Cet été, je vais publier deux livres de poésie. Le premier qui s’appelle “I flew to the moon” est un recueil de poèmes perse publié en Iran. 

Le second livre “Censorship” plus engagé est écrit en anglais. Il sera publié aux Etat-unis.  

Côté musique, je travaille actuellement sur mon album solo “ Dreamy World”. 

J’ai aussi eu la chance de travailler avec le grand photographe Iranien Majid Saeedi, qui a réalisé la photographie de la couverture de l’album. 

Nous travaillons sur deux vidéos clip de poèmes de l’album. 

J’espère que ce projet pourra trouver un soutien financier, car jusqu’à présent je l’ai financé moi-même et les temps sont durs pour une artiste indépendante. 

Grâce à l’album  I flew to the moon, j’ai été invitée pour une représentation en direct au Festival de poèmes d’Athene en Grèce et au Festival de musique de Parme en Italie. 

En tant que photographe, je viens de commencer un nouveau projet qui va durer jusqu’à l’an prochain et j’espère  être exposée en France. 

Mon album “Dreamy World” sortira prochainement.

Pour finir, je voudrais vous remercier pour cette interview et pour votre public. 

 

 

N.B © Spread Pictures

 

 

 

 

 

 

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