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Niuzy Cinema – Godard et son livre d’image

 

A l’occasion de la sortie du film de Jean-Luc Godard, “Le Livre d’Image”, nous publions la première critique que nous avions écrite en sortant de la projection du film en Mai 2018 lors du dernier Festival du Film de Cannes.

“Le Livre d’Image” sort cette semaine sur les écrans en France et en avant première mercredi 24 Avril à 22h25  sur Arte.

L’an dernier au festival de Cannes, Jean-Luc Godard n’a pas monté les marches du tapis rouge pour présenter son nouveau film “Le Livre d’image”.

Ce n’est pas la première fois que le cinéaste mythique de la nouvelle vague boude Cannes. Pourtant c’est en 1962 que Godard avait fait ses début sur la croisette en tant que figurant pour le film d’Agnès Varda “Cléo de 5 à 7” . Il est devenu depuis un habitué des prix et nominations.

On a beau être familier du festival de Cannes, avoir vu le nouveau film de Godard au Grand Théâtre Lumière en 2018, reste une expérience mémorable.

La projection de “Le Livre d’Image” est une opportunité de plonger dans les mémoires du réalisateur et de comprendre sa vision du monde arabe. Le film est un peu long à démarrer. Il faut attendre quinze minutes après un début un peu confus pour retrouver l’esprit Godard.

On retrouve ensuite toute la verve et l’intelligence des dialogues du cinéaste :

“Qu’est-ce que je vais devenir si je ne meure pas”

Godard est bien vivant, mais pas vraiment optimiste sur ce qu’il voit aujourd’hui.

Difficile de classer les œuvres de ce cinéaste éclectique.

Dans son nouveau film, se remémorant ses souvenirs dans un habile exercice de montage, le cinéaste fait le grand écart entre Les Frères Lumières et l’état Islamique.

Pense t-il aux nouvelles technologies et à la peur que l’art disparaisse au profit de ces dernières ?

Probablement. Évidemment sa peur peut-être fondée, car elle touche toute l’industrie de la culture et du livre.

“L’art est la chose qui survivra à notre époque. Aucune activité ne deviendra un art”

“Pourquoi rêver Roi quand on pourrait rêver d’être Faust ? Plus personne ne rêve aujourd’hui de devenir Faust.”

Le livre d’images se reflète comme une peinture de Guernica, violente et malheureuse.

C’est comme un cri d’amour qui bientôt n’existera plus.

La musique, pincée et angoissante, quand les images se font violentes tombe à point.

On apprécie par ailleurs les interludes musicaux au piano comme une pause dans l’horreur.

Godard défend l’idée que “la société est fondée sur un crime commun.”

Difficile de faire plus pessimiste.

Pour le cinéaste, le monde entier est un naufrage que l’on décide de sauver ou d’assassiner.

On est triste pendant tout le film. Néanmoins, c’est un Godard et quand il nous ouvre son livre d’images, on reste et on regarde.

L’humanité en prend un coup entre les mains du réalisateur. Dans un raisonnement simpliste, mais réaliste, il nous conte sa vision du capitalisme, de la guerre et de la société.

Accusant les riches comme les pauvres de détruire la planète, les uns par opportunisme, les autres par nécessité.

Godard animal politique ? S’il a eu dans le passé des écarts provocateurs, notamment des propos à caractère extrémistes, le réalisateur a aujourd’hui trouvé de belles tournure pour qualifier la politique d’aujourd’hui : “Les histoires que l’on raconte vont moins vite que les actions qui s’accomplissent.” Et “Le, bonheur du peuple, c’est l’argument de l’ambition politique, même si le peuple n’a rien demandé.”

Godard donne une approche de Paradis perdu à la terre.

Il offre un cinéma triste et protectionniste.

En attachant beaucoup d’importance au montage et à la façon de lier ses images d’archive, il parvient malgré tout à y mettre un peu d’humour.

De quoi Godard aurait-il pu s’inspirer pour ce film ? De la quantité d’information que l’on subit tous les jours, de la guerre, de la religion qui finalement a eu finalement une place importante dans ce 21e siècle.

On pense à Chris Marker pour la dureté des images ou la cadence.

Un film intéressant, mais pas grand public. Sans tomber dans le sensationnalisme, le rythme est relativement intense et prenant. Difficile de lever les yeux de l’écran même si certaines images sont difficiles à regarder.

En sortant, j’entends un journaliste parler du film “Le bon sens de Bécassine l’emportera toujours.”

C’est peut-être ça le dernier mot de l’histoire. (spoiler, oui Bécassine est bien dans le film de Godard)

 

N.B © Spread Pictures

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