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Niuzy Cinema – Le nouveau cinéma sera t-il féminin ou pas ?

©DR –  Juliette Chenais de Busscher

 

Pas de doutes pour la réalisatrice Juliette Chenais de Busscher que nous avons rencontré à l’occasion de la sortie de son nouveau film “Le viol du routier”,

L’histoire particulière de deux jeunes femmes qui partent explorer leur sexualité entre Paris et Lisbonne entraîne les spectateurs dans un road-trip phénoménal qui casse les clichés de genre.

 

©DR – Flore Abrahams

 

Dans une esthétique de post-nouvelle vague, le film entièrement tourné en noir et blanc renverse les codes cinématographique homme-femme. “Le viol du routier” a été présenté à Mexico cette année.

Il a reçu le  prix Mikael Kael au festival de Groland à Toulouse, et le prix spécial du jury au festival la Boddinale à Berlin en Février 2019.


Pour toute une génération de réalisatrices, dont Juliette Chenais de Busscher fait partie, le mouvement “#metoo”, aussi violent que certains ont pu le dénoncer a permis la libération de la parole des femmes dans le milieu du cinéma.

Rencontre avec une cinéaste engagée.

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1. Vous filmez des femmes fortes et indépendantes. Pourquoi cela a été important pour vous de raconter leur histoire ? 


Je filme des femmes fortes pour faire plaisir aux spectatrices qui, comme moi, sont en manque de représentation féminine originale dans le cinéma. C’est important de changer l’image des femmes à l’écran pour que ces dernières puissent s’autoriser plus de liberté dans la société et dans leur vie. Changer les modèles pour changer la réalité par la suite. 
J’ai choisi de raconter l’histoire de deux femmes qui s’affranchissent de leur statut de victime en choisissant l’expression la plus forte : celle de la violence. 
C’est une manière d’inciter les femmes à être d’avantage dans l’action et dans l’expression de leur ressenti. 

 
 

2. – Filmez-vous vos actrices comme vous filmez les acteurs ?

Je filme tous mes personnages de manière à les rendre les plus beaux possibles. J’ai envie qu’ils s’aiment à l’image et que les spectateurs les aiment aussi comme je les aime. 
Je suis particulièrement attentive à la manière de filmer les femmes car j’en suis une moi-même et que je suis sensible à leurs complexes et à leurs difficultés de se dévoiler dans un monde où le regard des hommes est toujours si compliqué.

 
 
©DR Le viol du routier
 
 
3. – Vous avez dit : “Dans le film, ce sont elles les agresseurs. Si c’étaient deux hommes, personne n’y verrait de la provocation.”

Que pensez- vous du mouvement #metoo et des actions mises en place dans le milieu du cinéma, comme à Cannes l’an dernier?

Je souhaite que le spectateur se questionne sur la place des femmes dans l’espace public et dans la société.  Par exemple, Gabrielle et Tamara n’hésitent pas à harceler des hommes dans la rue. Cette scène interpelle car si une agression verbale d’un homme sur une femme n’a pas de conséquence pour l’homme, au contraire si il s’agit d’une femme qui agresse un homme de la même façon, elle peut, elle, craindre parfois jusqu’à sa vie.

Je dresse le portrait de femmes qui osent arborer ce genre de comportement masculin pour mieux montrer l’inégalité actuelle. Il faut que cela cesse et que les femmes trouvent enfin le chemin de leur liberté.

Je pense que le mouvement “#me too” est une bénédiction pour toutes les femmes, mais aussi pour les hommes, c’est la première pierre d’un édifice qui se tourne vers le respect et l’établissement de rapports enfin sain entre les deux sexes.

A Cannes et dans le milieu du cinéma, il y a très peu de reconnaissance des femmes du métier et le chemin sera très long. Le mouvement “#Me too” a permis une prise de conscience de l’abus de pouvoir de certains hommes sur les actrices.

Hélas, je crois que dans tous les milieux professionnels, les hommes sont encore trop souvent aux postes de pouvoir. Ce n’est pas encore réellement mal vu d’exprimer son mépris pour les femmes.

 

4 – Avez vous subi le machisme dans le milieu du cinéma ?

Je n’ai pas voulu le subir trop longtemps. Et pour cela, j’ai choisi une méthode radicale. Je me suis formée à tous les postes qui sont habituellement réservés aux hommes : cadrage, montage, étalonnage (et bientôt la musique). La technique est considéré comme étant leur domaine et ils ont souvent du mal à le partager.  Je me sentais souvent en faiblesse et illégitime, c’est pourquoi j’ ai écarté les hommes de mes tournages.

 

5 – Certains s’imagine le viol comme un acte réalisé dans un endroit sale par un inconnu, alors que la plupart sont commis par un proche dans un environnement assez familier.

Ce fut le cas dans le film pour le viol de Gabrielle par un garçon malade du cancer.

La notion de viol n’est pas encore assez assimilé par les assaillants eux même. Pensez-vous que les mentalités changent de ce côté là?

Les comportements ne changent pas, c’est pourquoi je les dénonce dans mon film.

J’ai choisi de mettre en scène deux viols que je voulais loin du cliché cinématographique habituel de l’homme qui viole des femmes sexy dans des parking. Gabrielle se fait violer effectivement par un homme de son entourage, dans le lieu où ils résident l’un et l’autre. Elle exprime un refus alors que le rapprochement s’est opéré entre eux. Je voulais aussi poser la question du consentement. Une femme a le droit de faire cesser une relation sexuelle avec un homme à tout moment.

 

6 – Quelle est les / la réalisatrice(s) que tu admires pour son travail ?

J’ai fait de longues études de cinéma et les références que l’on nous enseigne sont toujours masculines. Avec le temps, je deviens de plus en plus attentive au travail des réalisatrices. Cependant, mes réalisateurs préférés restent des hommes car c’est à eux que sont réservés les projets les plus ambitieux, et ils sont davantage en valeur. Il est temps que cela change!

 

7 – Te considères-tu comme une réalisatrice “féministe” ?

Oui.  Je suis féministe et cela se ressent naturellement dans mon travail.

©DR Le viol du routier

 

8 – On sent un côté un peu post-nouvelle vague dans le film. Peux-tu nous parler de te tes influences?

Mes influences pour ce film sont de deux sortes : conscientes et inconscientes. Lors de l’élaboration du projet, j’ai parlé aux comédiennes de certains films. “C’est arrivé prés de chez vous” de Rémy Belvaux, “La haine” de Kassovitz, “Persona” de Bergamn, “Nymphomaniac” de Lars Von trier et “La vie rêvée des anges” d’Eric Zonca.

Après le tournage, lors du montage, une autre référence m’est apparue plus évidente : “Les Valseuses” de Bertrand Blier. Nous étions, avec les deux comédiennes, très fans du film, sans en avoir parlé auparavant et cela a sûrement influencé notre travail pendant le tournage. D’ailleurs, nous avons suite à cette prise de conscience, rajouté une référence implicite aux Valseuses. Il s’agit d’une scène où les filles sentent des slips en imaginant le comportement sexuel de leurs propriétaires, clin d’œil au film de Blier où le duo masculin faisait la même chose avec une culotte féminine.

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Le viol du Routier

Un film de Juliette Chenais de Busscher

Avec Flore Abrahams et Clémence Laboureau

La Bande annonce du film

 

 N.B © Spread Pictures

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