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Niuzy Cinema – “ Nobody’s watching ” Interview de Julia Solomonoff

La réalisatrice argentine Julia Solomonoff nous présente son nouveau film “Nobody’s watching” qui met en scène, Nico un acteur de Buenos Aires venu tenter sa chance à New-York.

Nous avons pu échanger avec elle à l’occasion de la sortie du film en DVD.

DR

Personne ne regarde Nico et c’est bien un problème car Nico est acteur. Venu tenter sa chance à New-York après une carrière d’acteur dans une telenovela, Nico est bien décidé à refaire sa vie, loin de l’Argentine, son pays d’origine, et de son ancien amant qui se trouve être également le producteur de la série.

Entre désenchantement et espoirs, le parcours semé d’embûches de Nico questionne le spectateur sur les difficultés à changer de vie, la pression du succès et sa propre vulnérabilité, difficile à accepter.

 

D’où vient l’idée du titre du film “Nobody’s watching”, alors que Nico est un acteur ?

C’est justement le problème. Personne ne regarde Nico. Il existe dans les yeux d’une seule personne : Théo, le bébé d’une amie qu’il garde régulièrement. Tout au long du film, ce bébé est la seule personne avec qui Nico réussit à créer un lien authentique.

J’ai réalisé que les baby-sitters étaient très proches des enfants dont ils/elles avaient la charge. Parfois plus proche que les parents eux-mêmes.

C’était important pour moi que mon protagoniste soit un homme. C’était plus facile d’explorer la relation d’un homme avec un bébé, que d’une femme avec un jeune enfant ou la relation maternelle entre toujours en jeu.

Avoir un homme pour protagoniste principal m’a aussi permis de ne pas trop m’identifier à lui.

Personne ne fait attention à lui, même pas les caméras de surveillance, quel message avez vous voulu faire passer ?

Nico est un homme blanc avec un bébé, il évite en ce sens, les clichés et à moins de chance d’être soupçonné.

Il fait express de voler, de provoquer, mais ce n’est pas l’acteur que l’on voit, mais l’homme et personne ne le remarque. Il est libre, mais il est seul.

 

Vous avez vécu à New-York. Dans le film, on voit un autre visage de la ville, moins glamour. Pourquoi ?

Dans les films, New-York est souvent filmé comme une ville magique, glamour ou tout est possible. Ce côté-là existe, mais il est aussi important de montrer l’autre côté, plus humain peut être et aussi plus dur avec les nouveaux habitants comme Nico qui s’y réfugient afin d’y trouver une nouvelle vie.

Cette ville peut se transformer en machine à broyer si on attend trop d’elle. Ce qui est un peu le cas de Nico dans le film. New-York a une énergie formidable mais il faut trouver sa place dans cette ville immense et quand on est un acteur, ce n’est pas facile de se faire remarquer.

Surtout pour Nico, qui, dans son pays jouit d’une petite notoriété.

Ce choix, de montrer un visage plus authentique de New-York est-il autobiographique ?

Mon expérience de new-yorkaise a été un peu schizophrénique parfois. Quand j’étais à l’université de Columbia, j’avais des galas importants le soir, mais pendant la journée je me battais pour trouver de quoi payer mon loyer.

Comme le personnage principal, Nico, j’ai enchaîné les petits boulots de serveuse, fait du baby-sitting, parfois des jobs un peu plus loufoques également.

C’est ça aussi New-York !

Oui, je voulais casser la façade glamour et montrer le vrai visage de la ville plus difficile, avec des gens qui galèrent.

J’ai observé autour de moi et bien sûr, je me suis servie de ma propre expérience.

Être une personne dans son pays est une chose, mais quand on change de vie, on change de personnalité aussi.

Le côté autobiographique du film est en effet important. J’ai eu un peu le même parcours que Nico,

Je suis rentrée en Argentine, j’ai fait deux films, deux enfants, marié un Américain et je suis revenu a New York dans un contexte complètement différent.

Le film aborde la place des acteurs et des artistes en général dans la société, pouvez vous nous en dire plus ?

La place des artistes dans la société a toujours été discutée. En partie, due au fait que les artistes ou les acteurs, dans le cas de Nico qui fait du baby-sitting ont dû commencer leur carrière en ayant un petit job pour financer leurs vies.

Les créatifs viennent à New-York pour exprimer leurs talents, mais au final, à cause de leur situation financière, et parce que la vie est très chère, ils sont moins créatifs, car ils doivent se battre pour payer leurs loyers. C’est un problème, car nous avons besoin d’artistes dans cette société. Vivre à New-York est un sacrifice, mais dans le cas de Nico, il se trouve bloqué, car il ne sait pas comment reprendre sa vie en main.

Vivre à New-York n’est pas la clé du succès pour Nico. Il n’achève rien dans sa vie, n’est pas heureux dans sa vie privée et professionnelle.

Nico rencontre des difficultés lors des castings car il ne correspond pas au cliché de l’acteur latino, mais a un accent trop prononcé pour jouer un Américain, Votre film dénonce t-il aussi une pression trop grande par apport au succès ?

Oui, car le propre d’un acteur, c’est de pouvoir interpréter tous les rôles.

Au début du film, les filles ne pensent pas qu’il est latino. Il ne rentre dans aucune catégorie. Il se fait virer du casting pour les Latinos et se retrouve dans une position où il ment à ses proches pour ne pas leur avouer ses difficultés.

La pression du succès ne l’aide pas du tout, bien au contraire. Au lieu de faire face à ses responsabilités, il s’enfonce dans le mensonge et tombe très bas.

 

Vous abordez le sujet de l’immigration de manière assez légère, pourtant, dans l’actualité, l’immigration est traitée de façon dramatique.

Je ne veux pas parler d’immigration politique, mais relater le parcours d’un homme. Il immigre oui, mais son exil n’est pas forcé. “Nobody’s watching” ne parle pas d’immigration à proprement parler, mais suit le parcours d’un homme.

Les migrants commencent à être aussi de plus en plus politique. L’immigration est aussi pointée du doigt, car aux USA, la politique de Trump se fait déjà sentir et moins d’immigration veut aussi dire moins de partage culturel.

Vous soulevez aussi la notion de communauté dans votre film. À la fin, Nico retrouve sa communauté argentine, quel est le message du film ?

C’est important de retrouver une communauté et en même temps de ne pas s’y enfermer.

Je ne voulais pas faire de Nico un héros, mais lui donner une force qui lui permette de se relever quand il est au fond du trou. Il n’est pas le seul à être dans cette situation.

Quand je suis revenu à NY Après l’Argentine, ce sens de la communauté que l’on trouve en Amérique latine m’a manqué. Heureusement, travailler sur des projets m’a permis d’en retrouver une.

Un acteur et un homme en transition

Il tombe bas, mais est aussi un survivant.

 

N.B © Spread Pictures

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