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Niuzy Cinema – ” Sextape, À genoux les gars ” de Antoine Desrosières

Ne vous fiez pas à son nom. “Sextape, À genoux les gars” est un film que vos ados doivent aller voir.

Présenté à Cannes dans la catégorie “Un certain regard”, le film a rapidement eu les faveurs du public et des critiques.

Nous avons rencontré à Cannes les deux actrices et co-scénaristes, Inas Chanti et Souad Arsane ainsi que le réalisateur Antoine Desrosières. Heureux de voir leur film prendre la voix du succès, ils ont répondu à nos questions dans leur course aux interviews.

D’où vient ce titre “Sextape, À genoux les gars” ?

La chose qui ressemble le plus au casting d’acteur est le casting de chansons.

J’ai écouté des milliers de titres yé-yé pour ce film.

On a trouvé plusieurs mélodies extraordinaires pour le film. Parmi elle, il y a en une qui s’appelait “ À genoux les gars” qui évoque l’intemporalité de la problématique qu’on abordait : le manque de respect de garçons vis-à-vis des filles. Peut importe le milieu social où l’époque, cela reste nécessaire de parler de ce sujet pour faire bouger les choses.

On a changé de titres un nombre de fois inimaginable.

Finalement, “ À genoux les gars” qui a fini par s’imposer. Et puis ces chansons étaient souvent écrites et chantées par des jeunes femmes. J’y ai vu là, un pont intéressant.

Finalement, aujourd’hui sur la croisette, j’ai l’impression que le titre claque bien, qu’il renvoie un message d’offensif et sympathique à la fois.

Inas : je n’aimais pas spécialement ce titre, je me disais qu’on pouvait trouver mieux.

Mais quand je le vois sur l’affiche avec la petite Palme, tout va bien !

 

May 10th, 2018 – Cannes © Spread Pictures – A Genoux Les Gars

 

Etes vous parti d’une histoire vraie ?

On est parti d’un fait réel, mais d’un témoignage et non pas des médias. La différence entre notre film et ce qu’on lit dans les médias – je spoile un peu désolé – c’est que les médias ne parlent que des histoires qui finissent mal. Évidemment, on ne relativise en rien la gravité des choses.

Il y a beaucoup de souffrance présente dans notre comédie et ça frôle de finir mal.

Mais le film se veut tourner vers l’utopie d’un monde où l’égalité homme-femmes est acquise. Ou le consentement ne serait pas compris de différente manière par les personnages.

“On rêve d’un monde que l’on espère pas trop lointain”

 

Avez-vous été inspiré par des films plus docu-fiction sur les adolescents comme “Entre Les Murs”?

C’est un bon film mais je n’y ai pas pensé. Nous avons fait une comédie et “Entre Les Murs” n’en n’est pas vraiment une. La comédie est une démarche dans la recherche et le développement. On cherche le point de rupture de la logique interne des personnages, le moment ou tout s’enraye et devient absurde. La comédie doit interroger ladite logique des personnages.

Je faisais référence à cela par apport aux docu-fictions

Contrairement au documentaire, chez nous, tout est très écrit puisqu’il y a quatre cent dix pages de scénario.

Les acteurs savent parfaitement ce qu’ils ont à faire.

Par contre ce qui fait le lien avec le documentaire, c’est qu’on fait au maximum deux prises, des fois une troisième, mais que pour quelques punchlines pas du tout les prises complètes.

On fait deux prises de 40 minutes, par conséquent,  les rushs que j’ai ressemblent presque à des rushs de documentaires, dans lequel on ne voit jamais deux fois la même scène.

Notre travail consiste à aller chercher des émotions toujours différentes qu’on veut ajouter dans le film.

J’ai l’impression que c’est plus du côté du montage que le film se rapproche du documentaire que du développement scénaristique ou du tournage.

Inas : il n’y a pas d’acteurs non plus dans un documentaire. Il faut vraiment noter que nous ne sommes pas nos personnages.

Depuis qu’on est ici, on a tendance à nous dire “Vous êtes vos personnages, puisque c’est notre premier rôle, les gens pensent que l’on ne sait faire que notre rôle.”

Je suis totalement différente de Rim et Souad est différente de Yasmina.

Antoine : le film ne montre qu’une infime partie du talent d’Inas et Souad. Je sais, par les répétitions qu’elle sont extraordinaires dans tous les rôles, y compris les rôles de garçons ou ceux de parents.

Évidemment, c’est difficile de montrer cela dans le film.

Un jour, je m’amuserais à faire des montages parallèle où on verra dans les répétitions les séquences où elles joueront d’autres personnages.

 

May 10th, 2018 – Cannes © Spread Pictures – A Genoux Les Gars

Antoine, vous avez arrêté l’école à 16 ans, c’est un conseil que vous donneriez à des jeunes pour réussir leurs vies?

Chacun a son histoire personnelle. Les enjeux de l’adolescence sont de savoir ce que l’on veut faire dans la vie.

Si on est à l’aise avec cette question, peut importe d’arrêter l’école à 16 ans.

Adolescent, mon niveau scolaire a baissé alors que j’étais plutôt bon élève jusqu’à présent.

Dans mon cas, j’avais commencé à réaliser des films très jeune. D’ailleurs à cet âge-là, j’avais un film qui était présenté à Cannes.

J’étais déjà dans la vie professionnelle, je gagnais ma vie en faisant le même métier qu’aujourd’hui.

Souad a aussi arrêté l’école à 16 ans et je l’ai vécu comme un point commun entre nous.

C’est drôle qu’autour de cette table, nous soyons deux à avoir la même histoire.

Inas, quant à elle, est en Master de droit. C’est une élève brillante.

 

Comment s’est fait le choix d’Inès et Souad pour ces personnages ?

On avait gagné un prix lors du précédent court métrage. – Prix du Public à Pantin pour “Haramiste”.

Je n’ai pas fait de casting, car nous avions envie de retravailler ensemble donc j’ai gardé mes actrices.

Ceci étant dit, pour “Haramiste”, j’avais rencontré quatre cents jeunes femmes lors d’un grand casting qui a duré sept mois. Inas et Souad sont le fruit d’un long et passionnant travail.

 

Qu’est-ce que cela change de tourner un film aussi rapidement (le tournage a duré 18 jours.) ?

J’aime parler de l’économie du film, mais pas d’un point de vue financier.

Plutôt d’un point de vue “Gestion de ce que l’on a”

On a pris notre temps en répétition, en passant quatre mois ensemble avec les co-scénaristes et les acteurs.

Quand on est décontracté, on peut se permettre de ne pas trouver, d’être nul, de chercher.

On n’est pas encore dans une obligation de résultat, et cette absence d’obligation de résultat crée les conditions de l’invention.

Quand Inas et Souad se lançaient dans une impro, elles avaient le temps de chercher la petite faille qui rendait la scène intéressante et de se laisser conduire par leur créativité.

J’aime prendre le temps, qui chez nous, est fécond.

Je ne voudrais certainement pas faire cela en tournage avec les techniciens qui s’impatientent.

J’ai l’impression qu’on ne peut arriver au tournage que, quand on sait ce qu’on va faire, ce qui était notre cas.

Pour moi le tournage, c’est une exécution de tout ce que l’on a fait, c’est un moment intense, mais ce n’est pas le plus difficile.

Inas : je trouve le tournage dur car c’est intensif.

Pour moi la phase d’impro, c’est vraiment de l’amusement. J’ai l’impression d’être en colo.

Souad : c’est un rythme super intense. Vers la fin du tournage, je n’arrivais plus à apprendre mes textes, car j’avais trop appris et je n’arrivais pas à retenir mon texte pour le lendemain.

Antoine : Souad dit qu’elle n’y arrivait plus, mais elle est en fait extrêmement douée. En tant qu’actrice principale, elle tournait parfois trois séquences de vingt pages dans la journée et c’est elle qui soufflait à ses partenaires leur texte.

 

À genoux les gars

De Antoine DESROSIÈRES

avec Souad ARSANE et Inas CHANTI  

 

N.B © Spread Pictures

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