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Niuzy Cinema – ” Our song to War ” : Interview de Juanita Gonzaga

Cannes Film Festival 2018   © Spread Pictures

 

Juanita Gonzaga est une jeune réalisatrice Belge – Colombienne.
Elle vient de présenter son court-métrage “Our song to war” au Short Corner à Cannes, pour lequel elle était repartie dans son pays natal pour filmer le peuple des Bojaya.

Rencontre à la plage de la quinzaine avec la jeune femme pleine d’ambition qui vient juste de commencer l’écriture de son premier long-métrage.

 

 

– Vous avez filmé des enfants dans “Our song to war”, comment s’est passé votre travail avec eux ? 

C’était très drôle. J’ai vite réalisé que le meilleur moyen de travailler avec des enfants était de devenir leur meilleure amie et de faire des activités avec eux.
On les a rencontrés près d’une rivière avec mon assistant-réalisateur. Nous sommes allé les voir près de l’eau, et les enfants nous ont demandé si on voulait pêcher.
Je leur ai dit que je ne savais pas pêcher, mais qu’ils pouvaient m’apprendre. Ils étaient très enthousiastes et on dit oui !
J’étais vraiment nulle comparé à ces jeunes !
Petit à petit, ils nous ont intégrés dans leur groupe d’amis.
J’ai senti que les enfants devaient avoir confiance en moi, même s’ils étaient très jeunes.

 

 

– Regarder, apprendre et filmer. est ce votre concept de préparation d’un film?

Oui, en quelque sorte.
Je n’y étais allé qu’une fois auparavant dans la région où l’on a tourné le film.
La phase d’observation du début est très importante. Puis, vient le temps de la co-création où j’ai besoin d’étudier en profondeur le sujet.
Comme je suis originaire d’une autre région de Colombie, j’ai ressenti le besoin d’écouter les histoires que les locaux ont partagés avec moi. Bien sûr, c’est réciproque, j’ai partagé mes histoires aussi avec eux.
“L’idée de la création, c’est de donner et recevoir au même moment.”

 

– Auriez-vous fait de même pour une fiction ?

Pour moi, mon film est un mélange entre une fiction et un documentaire.
La première partie est plus tournée vers la fiction, puis c’est très documentaire et à la fin, on retrouve un peu de fiction aussi.
C’est vraiment hybride.
Actuellement dans l’écriture de mon premier long métrage de fiction, je vais garder la même façon de travailler pour que les gens donnent ce qu’ils ont à l’intérieur d’eux même pour le film. Parallèlement, je leur donne toute mon énergie aussi.

 

– Votre film aborde la problématique de la magie et de la mort dans un coin spécifique de la Colombie.   Aujourd’hui, quelle relation ont les locaux par apport ces sujets ?

Mon film est très spécifique aux traditions de ce peuple que j’ai filmé, qui sont les Afro-Colombiens.
Chaque village a son propre rituel. La manière dont ils abordent la mort n’est pas représentative des autres Colombiens.
Dans ce village, quand une personne meurt, les gens prient et chantent pour neuf jours. C’est leur rituel funéraire.
C’est quelque chose que je voulais explorer avant de la partager avec le monde car je pense que le fait de chanter donne une voix aux morts, mais aussi aux vivants.

 

 

– Comment avez-vous entendu parler de ce rituel funéraire ?

 Il y a eu un traité de paix qui a été signé entre la Guérilla et le gouvernement.
Les gens ont dû voter pour oui ou pour le non.
Le non a gagné.
Pendant deux semaines, j’ai été vraiment choqué, je lisais beaucoup pour essayer de comprendre pourquoi le non l’a emporté.
Au cours de mes recherches, j’ai trouvé un article sur les Bojaya, qui stipulé qu’ils avaient voté en majoritairement à 95% pour le oui.
Cela m’a surprise, car les Bojaya ont subi des massacres terribles pendant la guerre.
J’ai voulu comprendre qu’est ce qui fait, dans leur culture qu’ils puissent pardonner et vouloir un nouveau futur de paix.
Je pense que leur réaction est un exemple, non seulement pour la Colombie, mais pour toute l’humanité.

 

– Vous avez la double nationalité colombienne et Belge, en quoi cela change votre vue sur le monde ?

Je pense que nous sommes tous influencés par les endroits ou nous venons, mais aussi par nos expériences. Nous sommes tous un peu hybrides par apport à notre culture.
C’est un mix et on ne peut pas vraiment dire, cela vient d’ici, et cela d’ici.
Dans mon film, il y a un peu de chaque pays ou je suis allé.

 

– Comment abordez-vous votre premier long film?

Je saute dedans les yeux fermés – rires – je peux juste dire que c’est très excitant et tout se passe pour le mieux jusqu’à présent. Je me concentre sur l’écriture et la partie créative jusqu’en Novembre à Torino, l’année prochaine je vais voir comment j’aborde ce nouveau projet.

Our song to War de Juanita Gonzaga
Short Corner – Cannes Film Festival 2018

N.B © Spread Pictures

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